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Sauvons la planète

mars 20, 2010

Les nuages recouvrent la mer, en un gigantesque tourbillon. Image à la mesure de la planète, savourée en silence par le locataire de la station spatiale internationale. Observation nostalgique, aussi. La planète bleue lui est désormais hors de portée.

Tout a commencé deux jours auparavant. Communications coupées avec la terre. “Aucun réponse en provenance des stations de suivi”. Erreur technique, pour sûr. Pourtant, après avoir activé le système de secours, pour le même résultat, et avoir tout vérifié deux fois, le diagnostic s’impose : aucune station de suivi n’est en mesure de répondre. Les systèmes sont tout simplement muets. Comment est ce possible ? Attaque informatique mondiale synchronisée ?

Immédiatement, les hommes cherchent une solution alternative. Communiquer au XXIeme siècle ne devrait pas relever d’une telle gageure. Pourtant, la Terre est bien plus silencieuse qu’à l’accoutumée. Stupeur : nulle grande chaîne télévisée n’émet. Choc. Recherche effrénée. Un signal finit par être capté. Quelqu’un fait tourner en boucle les dernières images. Compréhension. Cette personne n’est plus, assurément. Si survivant il y a, eux aussi n’en ont plus pour longtemps.

Les deux hommes se regardent, en silence. Puis l’un d’entre eux hurle. Sa femme, ses enfants. Sa vie. Que faire ? Les yeux fous, il hurle son désespoir. Redescendre. Mourir avec eux, mourir pour eux, tout sauf rester à ne rien faire. Et pourtant, évidemment, plus rien n’est possible. Combien même, l’homme n’en a cure. Il lui faut descendre. Il n’y a qu’une seule capsule de secours. Le second spationaute hésite. Trop tard. Son compagnon, tout à son désespoir, n’a même pas envisagé de l’attendre. N’a même pas pensé à lui.

Depuis, l’homme, abasourdi, ne fait que regarder la Terre. De ci, de là, on distingue des signes de la catastrophe. Mais pourtant, une couleur, toujours, domine. Le bleu. Les nuages en sont toujours le parfait écrin. Les continents ne servent qu’à mettre le tout en valeur. Des traces de l’humanité ? A peine. Quelques unes, grises, ne seront pas éternelles.

La Terre, elle, continue à tourner. Sauvons la planète qu’ils disaient. Rien de plus vrai, rien de plus accompli : la Grande Bleue est toujours là, solide, trônant dans l’espace. Quelle vanité de vouloir la sauver elle. C’est nous qu’il fallait sauver.

D’ailleurs, débarrassée des indésirables humains, la Terre n’en bouillonne pas moins de vie. Moléculaire, bactérienne, sans doute encore animale dans quelques fosses au plus profond des océans. La vie est toujours là, la planète aussi Peut être que des créatures pensantes mettront des millions d’années à revenir. Mais qu’est ce pour une planète de plusieurs milliards d’années ?

Sauvons la planète, c’est fait. L’observateur n’en verra pas le dénouement, mais déjà il apprécie le spectacle.

Dans → Songes libres

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